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Depuis fin juin, des migrants à la rue dorment sous des tentes au square Daviais, dans l’hypercentre de Nantes. Les conditions d’hygiène sont déplorables et ils ont le moral dans les chaussettes, qu’ils essaient tant bien que mal de maintenir propres. Question de dignité.

Le square Daviais, à deux pas de la Fnac et de la place centrale de Nantes, est devenu le théâtre d’une situation désolante : 400 exilés, venus principalement du Soudan et d’Érythrée, s’entassent sous 200 tentes et tentent de sauvegarder le peu de dignité qui leur reste. Arrivés fin juin, ils ont été expulsés sur décision de justice le 23 juillet, mais sont revenus, et encore plus nombreux, faute de solution d’hébergement.
Pour se protéger de la pluie qui ruisselle depuis les bords surélevés du square, ils rehaussent leur tente avec des palettes. Dans ces abris de fortune, un matelas et une couverture, souvent insuffisants pour se protéger du froid qui commence à sévir la nuit.
Quatre douches de bric et de broc placées au milieu du camp, le 23 août, leur servent de salle de bain. Et en guise de toilettes, des bottes de paille amenées par des associations. Les toilettes publiques, prises d’assaut, ont été fermées par la mairie, qui en a installé 800 mètres plus loin. Un unique robinet pour laver les vêtements et les clôtures de la « station gourmande » du Voyage à Nantes, pour faire sécher son linge.
Plus de moyen de recharger son téléphone depuis l’évacuation du square le 23 juillet : le seul point électrique a été fermé. Pour appeler le 115, souvent sans solution, ou solliciter l’administration française pour espérer voir son dossier avancer, une seule solution : passer des heures dans un café.

- article de Sarah Boucault et Vincent Hamard, Ouest-France, 31/08/2018 -

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Quelles solutions pour les 500 migrants du centre de Nantes ?

Une table ronde inédite sur l’intégration des migrants par le travail se tient le 14 septembre à la Chambre de Commerce de Nantes. Reste à trouver une solution pour mettre à l’abri 500 migrants vivant sous des tentes au cœur de la ville.

On la surnomme déjà « la jungle » de Nantes, en référence à l’expérience de Calais. À ceci près que ce campement de tentes rouges, bleues ou vertes blotties les unes contre les autres se situe au cœur du centre-ville. Impossible de ne pas voir que 500 migrants vivent ici dans des conditions de promiscuité et d’hygiène déplorables – pas de vraie douche, une seule toilette publique fermée la nuit.

Ces jeunes hommes de 20 à 30 ans, majoritairement demandeurs d’asile et originaires du Soudan, d’Érythrée et de Guinée, « sont épuisés physiquement et psychiquement par leurs parcours de migration, témoigne Carine Rolland, médecin généraliste et responsable du programme « Migrants, droits et santé » à Médecins du monde Nantes. Ce qu’ils vivent ici ne fait que renforcer ces traumatismes. »

Avec une clinique mobile dépêchée sur place en juillet dernier, son équipe a repéré d’énormes besoins en santé. À la mi-août, la mairie a ouvert 90 places dans un gymnase pour mettre à l’abri les personnes les plus malades.

Divisions politiques

Mais devant l’ampleur des besoins, le maire (PS) Johanna Rolland, qui refuse d’expulser le square tant qu’aucune solution de relogement n’a été trouvée, en appelle à l’État : « Notre ville contribue activement à construire des solutions dignes et pérennes pour ces personnes envers lesquelles notre pays a un devoir d’assistance. Mais sans relais fort au plus haut niveau de l’État, cette mobilisation trouve aujourd’hui ses limites. »

L’opposition, qui décrit ce campement comme « la honte de Nantes », regrette que la mairie refuse l’évacuation. « Par son inaction, elle fait le choix de laisser la situation humanitaire et politique se dégrader », dénonce Laurence Garnier, conseillère municipale LR et vice-présidente à la Région, qui préconise de « bien accueillir » les réfugiés politiques et de « reconduire dans leur pays ceux qui viennent pour des raisons économiques ».

La députée (LREM) de Loire-Atlantique Valérie Oppelt, qui organise aujourd’hui une table ronde sur l’intégration des migrants par le travail, regrette que la situation prenne « une tournure politique où chacun se renvoie la balle ». Et suggère de « mettre à l’abri temporairement ceux qui peuvent rester sur le territoire » dans un local inoccupé. La préfecture, qui renvoie la responsabilité de l’évacuation du lieu à la mairie, précise que 706 réfugiés sont aujourd’hui hébergés dans le dispositif d’accueil de la région faute d’accès au logement classique, ce qui « obère les disponibilités pour les nouveaux demandeurs d’asile ».

« Une crise de l’accueil »

Pour Carine Rolland, de Médecins du monde, « nous ne sommes pas face à une crise migratoire mais à une crise de l’accueil. Il faut créer des places en CADA et en hébergement d’urgence. »

Même constat pour Christophe, l’un des trois fondateurs de l’Autre Cantine, qui prépare et distribue chaque soir 500 repas pour les exilés du square. « Il faut simplement appliquer la loi pour mettre ces demandeurs d’asile à l’abri, souligne ce jeune juriste. En attendant, pourquoi ne pas occuper un des nombreux bâtiments vides de Nantes ? Les associations sont prêtes à coopérer avec les pouvoirs publics pour gérer ces lieux. »

Jean-Louis, qui organise un atelier d’alphabétisation auprès des migrants du square, avance aussi des solutions. « On compte parmi ces personnes de nombreux agriculteurs. Pourquoi ne pas les aiguiller vers des communes rurales en voie de désertification ? » Carine Rolland fait un parallèle entre le sursaut citoyen sur le climat et celui sur les migrations. « Dans ce champ-là aussi, des solutions existent. Encore une fois, c’est la volonté politique qui manque... »

- Florence Pagneux (correspondante régionale, à Nantes), La Croix, 13/09/2018 -