le bruit

Les Editions Noir sur Blanc, Notabilia, 1 mars 2018, 165 p.

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stecNée au milieu des années 60, Marilène passe sa jeunesse dans une commune rurale de Vendée. Son père peine à maintenir l'exploitation agricole. 
Marilène en gardera une honte poisseuse et invalidante, pendant des années, le sentiment de n'être nulle part à sa place - au point de... bousiller ses études, son mariage, son premier poste... 

Ce récit (en partie autobiographique ?) rappelle les témoignages de Annie Ernaux et Edouard Louis : les difficultés de personnes issues de milieux défavorisés. 
On pense également aux propos de Bourdieu (cf. 'La reproduction', 1970), et au 'paradoxe d'Anderson', illustré par Pascal Manoukian dans son dernier roman homonyme. 
Et évidemment à toutes les questions que soulève le mouvement des Gilets jaunes.
« Elle voit des hommes et des femmes pliés. Des hommes et des femmes courbés. Des hommes et des femmes ratatinés. [...] Une assignation à être là, et pas ailleurs. Parce que ailleurs n'est pas pour tout le monde. Tout le monde ne peut pas être ailleurs. Il faut que certains soient là pour que d'autres soient ailleurs. »

J'ai dévoré ce livre, mais je me suis de plus en plus éloignée du personnage central. La honte qu'elle décrit et ses traces indélébiles, je peux les comprendre.
Cependant, je ne les attribuerais pas à 'la pauvreté', mais à la précarisation et au sentiment d'infériorité ressenti.
Dans la famille de Marilène, on n'est pas si démunis matériellement, socialement, intellectuellement, pour l'époque : on a un toit, de quoi manger, on sait lire, on respecte les enfants, on fête Noël chaque année, on a rarement des vêtements neufs, certes, mais dans les 70's, on recyclait beaucoup d'un enfant à l'autre, et nos mères tricotaient et cousaient. 
Et surtout, chez Marilène, l'amour, la compréhension et le soutien des parents sont là. Qu'ils n'aient pas de bibliothèque faute de livres à mettre dedans, ce n'est peut-être pas si grave...
Bref, elle m'a semblé un peu ingrate et injuste, à ressasser cette 'misère', comme Annie Ernaux dans ses textes les plus récents. 
En tout cas, j'ai l'impression qu'elle se trompe de colère, Marilène : ce qui colle à ses semelles, c'est plutôt l'humiliation de l'échec paternel, et le regard des autres sur sa famille, ou celui qu'elle imagine qu'on a porté sur elle.

Quoi qu'il en soit, ce constat est indéniable : « Comme si c'était vrai, cette 'égalité des enfants sur la ligne de départ'. Comme si elle était fondée, cette affirmation. Que rien ne venait la mettre à mal, la démentir. »

agenda2

 20 janv. 

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     L'avis de Mr

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« Marie Hélène Coulange, dite Marilène, est née le 18 juillet 1964 à Pouzauges. »
Ainsi débute ce court roman (165 pages), après un préambule d'une quinzaine de pages sur la pauvreté.

Pouzauges est une commune du bocage vendéen, située à une trentaine de kilomètres au sud de Cholet (Maine-et-Loire) et à une cinquantaine de kilomètres de la Roche-sur-Yon (Vendée). 
Y vivent actuellement environ 5 500 personnes, soit un millier de plus qu'au milieu des années 1960.

Marilène a grandi dans une campagne considérée comme arriérée (à l'époque de cette histoire). Ce retard, et la pauvreté de ses parents agriculteurs, imprègnent sa personnalité et pèsent sur sa vie. Nous la suivons sur plusieurs décennies.

Le ton de ce roman, écrit à la troisième personne, est très impersonnel. C'est probablement volontaire de la part de l'auteure. Stéphanie Chaillou souligne ainsi que Marilène ne maîtrise pas son destin.
Cela m'a aidé à comprendre cette femme mais empêché d'éprouver de l'empathie à son égard, et donc d'entrer dans le livre, malgré mes points communs avec le personnage.
La brièveté des phrases - si l'on peut appeler ainsi quelques mots entre deux points, souvent sans verbe - n'arrange rien.
J'ai aussi été déçu par la fin.

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cezam

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