ciaoLe Cherche Midi, 2019
serePocket, 5 mars 2020, 270 p.

Je pense [qu'il pourrait arriver le pire à mes enfants],
donc je suis [la plus inquiète des mères, alors sûrement la plus aimante].
Vraie angoisse mâtinée de mauvaise foi et de fausse modestie ?

Ciao Bella, c'est l'histoire d'une jeune maman qui doutait, qui paniquait, qui crise-d'angoissait et qui allait voir une psy pour apprendre à vivre avec toutes ces entraves, voire à s'en libérer.
Elle a découvert qu'elle aimait écrire, a donc ouvert un blog, et avec leurs petits pouces levés bien haut, ses milliers d'abonné(e)s l'ont convaincue qu'elle avait du talent. Une éditrice l'a remarquée (pour son potentiel commercial, plus que pour la qualité de sa prose et de ses réflexions) et a proposé de la publier.
Une auteur célèbre de romans qui font du bien à l'âme (celle qui dit que demain est un autre jour, et que ta vie recommence là) est devenue son mentor, sa grande amie, à la vie à la mort de leurs carrières...
En route pour l'aventure, les tournées, les dédicaces, les plateaux TV, et au diable les fâcheux qui trouvent ça vraiment pas terrible et s'étonnent d'un tel succès. Ils sont jaloux, sûrement, ça ne peut pas être autre chose.

La jeune femme a ainsi pu quitter son job 'merdique' (c'est elle qui le dit) d'employée de banque - un poste où elle avait le temps d'écrire (qui a dit que c'étaient les fonctionnaires qui faisaient des trucs persos sur leur temps de travail ?)...
A elle la belle vie, elle va pouvoir satisfaire ses péchés mignons, aller siroter des mojitos avec ses copines, acheter des godasses "qui coûtent un rein" (sic).
Je ne sais plus si j'ai précisé qu'elle utilisait des expressions très originales et "à mourir de rire" ? 🤨🤔😕


D'autres blogueuses ont connu un parcours identique. Et la conversion est rarement heureuse.
Gare au lecteur qui a accepté par erreur l'invitation.
Certaines ont beau être de grandes lectrices, avoir suivi des études de lettres, elles perdent singulièrement leurs exigences littéraires et leur discernement quand elles passent de l'autre côté. Bah, une mini-gloire éphémère vaut bien quelques concessions. C'est un peu comme la téléréalité : ça peut valoir le coup de tenter, ça flatte l'ego, et certaines tomberont un peu moins vite dans l'oubli.

Voilà comment je vois ce livre.
Déjà vu, lourd, exagéré, démago - mais censé être drôle et décomplexant.
Avec une famille dysfonctionnelle, un père violent, joueur. Et aussi : des saveurs d'Italie et une grand-mère géniale, dedans - ça marche fort, ça. D'ailleurs mon petit oeil jeté sur la 3e de couv me dit que la suite sera centrée sur la formidable aïeule restée au pays. Succès commercial assuré.

On tombe de haut quand on s'attendait, au vu du titre, à de la bonne littérature italienne contemporaine - enfin c'est ainsi que je considère Silvia Avallone, Niccolò Ammaniti, Elsa Ferrante...

Sinon, si on veut lire des préoccupations élevées, enlevées et constructives sur des jeunes femmes qui doutent du cumul des mandats (maman, compagne, femme active), on peut se tourner vers Amandine Dhée (La femme brouillon, A mains nues) et Carole Fives (Tenir jusqu'à l'aube).
Je préfère l'autodérision sobre, sans outrance, réfléchie, qui ne prend pas le lecteur pour un crétin avec une accumulation de poncifs.

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1er juin