toutes les familles

hltÉditions Jean-Claude Lattès, 2017
Le Livre de Poche, 3 mars 2021, 185 p.

♥♥♥♥♥

Je ne sais pas comment démarrer ce billet. Choisissez :

- 'Maman est folle...' ♪♫ (William Sheller). Mais son fils peut-il se consoler d'avoir été bien aimé, comme dans la chanson ?
- Toutes les familles sont psychotiques, titre déjà pris par Douglas Coupland, et qu'auraient pu utiliser Delphine de Vigan, Sorj Chalandon, et tant d'autres, dont Hervé le Tellier, précisément, pour cette autobiographie.
- Je n'aime pas les autofictions depuis que j'en ai bouffé une dizaine dans le cadre d'un jury littéraire (ELLE) - beaucoup boursouflées de nombrilisme, forcément, la plupart fades et sans intérêt (mesdames C. Guilbert, C. Schneck, je vous salue...).
- Les Oulipiens me font peur, ils sont trop balèzes pour moi, mais j'en aime un de quasi-amour, isolément (JBP).
- J'ai découvert Hervé le Tellier avec L'Anomalie, proposé à l'été 2020 lors d'une Masse Critique Spéciale. J'avoue, j'en ai bavé sur la première moitié (c'est le cas de le dire), lorsque les personnages sont présentés. J'ai jubilé, ensuite. J'ai adoré le pastiche qu'en a fait Pascal Fioretto (L'anomalie du train 006) avec l'aimable et amusante complicité de l'auteur lui-même.

Toutes les familles heureuses faisait partie de mes achats impulsifs, parce que j'aime les idées, l'intelligence caustique et certains amis 'célèbres' de l'auteur.
Heureuse découverte, lecture riche en émotions avec ce récit vif, tragi-comique sur une famille chaotique, la sienne. Loin du lourd pathos à la louche d'un Chalandon qui a cessé de m'émouvoir (mais à qui je ne laisse plus de chance).
Au vu de sa jeunesse et de sa famille pour le moins 'compliquées', on comprend où le talent et la sensibilité d'Herbé le Tellier trouvent leur origine - où s'ancrent son intelligence et ses centres d'intérêt (maths, philo, littérature, linguistique...).

Extraits - tous pris dans les deux dernières pages... Hervé le Tellier serait-il comme ces grands timides qui vous disent plein de choses essentielles au moment de partir ? Pas tout à fait car il raconte beaucoup, aussi, dans les pages qui précèdent :
 • « J'ai rêvé d'un amour simple, pur, donné sans réserve, sans condition. En devenant père, j'ai tout de suite su qu'il n'y en avait pas d'autre. »
 • « Par une sorte de balance bizarre, ceux qui ont eu une jeunesse difficile sont souvent mieux armés pour affronter la vie adulte que ceux qui ont été protégés ou très aimés. » *
 • « Si la vie se passe à combler les gouffres ouverts dans l'enfance, alors je sais pourquoi j'aime tant le rire qui ne pénétrait jamais chez nous que par effraction, pourquoi je n'ai cessé de me donner des familles électives, pourquoi mes amis me sont si chers. »
 • « Écrire, ce serait mon privilège, pour profiter du monde plusieurs fois, pour jouir sans fin de ma propre insatisfaction. »
« Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me suis senti le droit de l'écrire enfin. »

J'ai adoré, j'ai souri, ri, je suis très touchée en refermant ce livre.

     * L'argent de Poche, Truffaut (1976)

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