grossir le ciel

La Manufacture de Livres, octobre 2014
Le Livre de Poche, 6 janvier 2016, 235 p.

Lu par Mr

-

Gustave est paysan au Pont-de-Monvert, dans les Cévennes - village situé sur le circuit qu'empruntèrent l'écrivain Robert Louis Stevenson et son âne Modestine (actuellement GR70).
Gus vit seul avec ses animaux : quelques vaches, génisses et veaux, ainsi que son fidèle chien. Abel, un vieux paysan de la ferme voisine est seul, lui aussi. Ces deux grands solitaires échangent parfois quelques mots autour d'un verre ou d'une bouteille, et s'aident occasionnellement pour certains travaux agricoles. Quelques étrangers s'aventurent parfois jusqu'à leurs fermes, non pour leur compagnie - les deux hommes ne sont guère bavards - mais plutôt pour affaires. Mais hormis le maquignon, ils sont rarement les bienvenus ! 
L'isolement relatif de Gus et Abel donne toujours l'impression au lecteur que leurs fermes pourraient être le cadre d'un drame passé ou à venir…

Coup de coeur ! Franck Bouysse fait preuve d'un grand sens de l'observation et décrit à la perfection un univers (rural en l'occurrence). Certains détails de la vie quotidienne de ses personnages donnent une tonalité très juste à ce roman (le paysan qui essuie son couteau sur son pantalon, l'accumulation de cendres au bout de la cigarette qui se consume, la manière dont les flocons de neige se posent…).
Cet ouvrage, à la fois roman du terroir (en mieux) et bon thriller psychologique, mélange en outre habilement les genres.
Ce sont les dialogues qui m'ont le plus plu : ils sont vifs et percutants, avec de courtes répliques. Les deux personnages principaux sont du genre taiseux, mais quand ils l'ouvrent, ça balance : ils vont à l'essentiel et parlent juste. Leur franchise et la concision de leurs propos ne les empêchent d'ailleurs pas de recourir aux sous-entendus pour éviter d'être trop brutaux.

L'histoire et la qualité de l'écriture m'ont fait penser aux excellents Darling de Jean Teulé (par sa violence), La neige en deuil d'Henri Troyat et Des souris et des hommes de John Steinbeck (par son intensité dramatique croissante et par la justesse des dialogues pour ce dernier). 
Je ne prends pas ces références au hasard : 'Grossir le ciel' est pour moi à la hauteur de ces chefs-d'oeuvre.

L'avis de Canel.