sortie de routeAttention, si la vitesse au volant vous grise (a fortiori  après quelques verres bus "sans modération", toujours persuadé de demeurer maître de votre véhicule), ce billet va fortement vous agacer, alors zappez.

homer zappe

Le narrateur a quinze ans, il assiste à un match de foot de son fauteuil, il  ressasse son amertume, sa colère. Avant, il adorait y jouer, mais aussi courir, enlacer son amie... il savourait sa vie d'ado, quoi. Tous ces 'plaisirs minuscules' si précieux lui sont désormais inaccessibles. Un chauffard a brisé ses membres et de ce fait partiellement sa vie, avant de prendre la fuite.

Ce court roman est lancinant, poignant. Il est lancé comme une lettre triste et furieuse à la face du criminel enfui, potentiellement récidiviste, mais aussi à tous les chauffards qui ont blessé/tué ou qui cumulent les conduites à risque (alcool, téléphone, vitesse...).

Tantôt des mots pour exprimer ce qu'endure la victime : "supplice", "brisé", "disloqué", "détruit"... Tantôt des expressions dures, impitoyables pour les chauffards, les machos et leur voiture (prolongement phallique notoire), ceux qui aiment flirter avec la mort, se croire invincibles. Ils sont mis devant leurs responsabilités, accusés d'inconscience, de mépris, de prétention suprême, montrés du doigt, avec toute l'intransigeance dont est capable un ado, surtout face à un meurtrier.

Un cri de rage plus que de haine, mais aussi une volonté de vaincre, de marcher à nouveau, un jour.

Vous pourrez trouver le ton de l'ouvrage tout aussi moralisateur que ce billet. Ca ne me semble pas superflu, notamment pour les ados - qu'on peut encore espérer convaincre ?

14/20 -  Horloge  1 h.  < emprunt mdtk au hasard >

Sortie de route,  Ahmed Kalouaz, Editions d'un Monde à l'Autre, 2008, 69 p.

Ces éditions rezéennes (Loire-Atlantique) "publient des ouvrages autour de la différence en général et du handicap en particulier".

Extraits :

"  La violence, c'est le mot qui convient pour tes frères et toi, le mot qui sonne juste. Vous pensez n'être que de drôles de types qui  vont un peu vite, pour se faire plaisir ou se donner contenance, alors que vous n'êtes que des assassins, des briseurs d'existence, des messagers de la mort violente. Tu aimes plus les deux tonnes de ferraille de ta voiture que les gens que tu croises. "  (p. 18)

" On a du mal à imaginer le bonheur, ce que c'est, ce que ça pouvait être, dans ces moments. Il faut s'accrocher à tout ce qui brille, le soleil tamisé par le store derrière la vitre, le sourire de maman, heureuse de m'avoir encore, même à moitié cassé."  (p. 19)