guerre et paix chez les atomesLu par Mr :

Le sous titre exprime bien le dessein de l'auteur dans cet essai qui mêle les disciplines (physique, chimie, Histoire...).

L'auteur atteind parfois cet objectif, de manière plaisante et instructive.

Ainsi les travaux de Fritz HABER (Nobel de chimie en 1918) et ses contributions aux efforts de guerre de son pays sont particulièrement intéressants et interpellent le lecteur sur les usages de découvertes scientifiques, voire sur les finalités de certaines d'entre elles. Par exemple, outre la contribution de Fritz HABER  à la découverte des gaz dits "croix vert", "bleu" et "jaune" (ce dernier plus connu sous les noms d' "yppérite" et de "gaz moutarde"), ce scientifique a donné son nom à une constante établissant une relation entre concentration de gaz, durée d'exposition et taux de mortalité ! Des travaux susceptibles d'intéresser le pouvoir fasciste... mais moins l'épouse du chercheur (qui se suicida).

De même, les parties du livre consacrées au rôle du mobdylène dans la première guerre mondiale (un composant du métal de canon "Grosse Bertha"), ou à celui du tungstène dans la seconde guerre mondiale sont passionnantes. Cette période de l'histoire est aussi rattachée aux travaux sur les éléments radioactifs (les bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki étaient respectivement construites à partir d'uranium et de plutonium). L'ouvrage est plein d'anecdotes portant sur des sujets variés (histoires de découvertes, vies de scientifiques, répercussions de découvertes sur notre quotidien, ...) ce qui le rend agréable à lire. On y découvre par exemple, à propos de l'iode, que  l'attachement de populations indiennes à Ghandi et à certaines de ses idées a de manière indirecte des effets pervers sur la politique de santé publique dans ce pays.

Toutefois, certains chapitres s'éloignent du fil conducteur qu'est le lien entre des éléments du tableau périodique et l'Histoire, ce qui le rend parfois confus (au chapitre "Eléments artistiques" par exemple). En outre, et c'est mon principal reproche à cet essai, l'auteur y présente ses développements scientifiques sans les expliquer simplement, semblant s'adresser à un public de scientifiques maîtrisant la physique des particules et la mécanique quantique, contrairement à moi. Des schémas explicatifs auraient été mieux appréciés que la douzaine de plages photographiques sans intérêt figurant en milieu d'ouvrage. De ce point de vue, le monumental (par la taille mais pas seulement) livre "L'univers de la science" d'Isaac Asimov (auteur plus connu pour ses romans de Science Fiction), bien que maintenant ancien, est nettement plus didactique et donc plus abordable pour un public non scientifique.

En conclusion, je trouve dommage que Sam Kean n'ait pas fait l'effort nécessaire (pas voulu ou pas su le faire ?) pour se rendre totalement compréhensible d'un plus grand nombre de lecteurs. Je recommande cependant ce livre si ces sujets vous intéressent, en soulignant que vous l'apprécierez sans doute d'autant plus que vous en comprendrez les exposés scientifiques, ce qui trop souvent n'a pas été mon cas.

Guerres et paix chez les atomes, ou l'histoire du monde racontée à travers la table périodique des éléments, Sam Kean, JC Lattès, Collection 'Les aventures de la connaissance', octobre 2011, 450 p.