retour_a_killybegsAprès Mon traître, Sorj Chalandon éprouve le besoin de revenir sur cette blessure encore à vif, cette histoire de trahison, en changeant cette fois d'angle, adoptant la position de Tyrone, "son traître". Si l'on a lu le premier ouvrage, qui pose de nombreuses questions, on est forcément curieux de savoir dans quelles conditions Tyrone Meehan s'est retrouvé 'agent double'.

Un livre FORMIDABLE... mais une lecture pas facile. J'ai éprouvé tour à tour :

- agacement, ennui : politique, religion, combat, confusion (pour moi) entre les "camps" des uns et des autres.

- admiration et indignation mêlées : conditions de détention, grève de l'hygiène des prisonniers irlandais... force des épouses, des mères, dans le combat... personnages dignes et somptueux : Sheila, Popeye, mais aussi Tyrone, oui.

Et j'ai surtout "vécu" à travers ces pages de nombreux moments intenses, bouleversants : les dernières visites (fils, épouse, 'petit Français'), la souffrance d'un Tyrone coupable/coupé en deux pendant plus de vingt ans. Et, le summum de l'émotion : le premier voyage à Paris, le verre d'eau donné par Sheila en signe d'amour...

Et des phrases fortes, superbes, si sages...

J'ai entendu plusieurs fois l'auteur présenter ce livre, et préciser qu'il était fier qu'à sa question 'Et vous, qu'auriez vous fait ?' beaucoup de lecteurs avouent : 'Eh bien je ne sais pas'. Aveu d'humilité, d'humanité. C'est un des messages que veut faire passer Sorj Chalandon à travers son oeuvre, et c'est parfaitement réussi ici.

Pouce levé + Premier de la classe + En pleurs 16/20 - Horloge  8-10 novembre 

Retour à Killybegs, Sorj Chalandon, Grasset, août 2011, 336 p.

Un grand MERCI, Sandrine, pour cette lecture commune, ta patience pour le billet et mes impressions par mail... Sans toi, je n'aurais probablement pas repris cet ouvrge après l'avoir abandonné, découragée, il y a un an... et ne l'aurais certainement pas terminé lors de cette seconde tentative. Merci chère coach ! 

lecteur   lecteur

Extrait :

[Ma femme Sheila] m'avait aimé parce que je combattais et avait préparé son fils à combattre. Des femmes portaient les armes à nos côtés, transportaient des bombes ou collectaient des renseignements mais Sheila avait fait un autre choix. C'était une militante, pas un soldat. Avec Cathy, Liz, Roselyn, Joelle, Aude, Trish et tellement d'autres, elles étaient le coeur même de notre résistance. Elles pansaient nos plaies, elles s'asseyaient en chantant devant les roues des blindés, elles bloquaient les quartiers en tablier de ménage, elles allaient chercher leur homme au fond du pub pour l'obliger à se relever. Quand l'ennemi entrait dans le ghetto, elles étaient les premières à l'accueillir. En robe de chambre, en chemise de nuit, pieds nus parfois, à genoux au milieu des rues, raclant le sol de leurs couvercles de poubelle, elles étaient notre alarme. Elles manifestaient sans cesse pour la liberté de l'Irlande. En rang par trois, sans un cri, portant la photo de leur emprisonné ou la couronne fleurie de leur mort. Et elles entraînaient avec elles une armée de landaus.
Pour vivre avec le sourire de son mari dans un cadre de deuil, soigner son fils qui rentre au petit jour, tenir la main de son enfant au dernier souffle du jeûne, il faut un coeur barbelé. Et Sheila était de ces femmes.