le fidele rouslan

Vernyi Ruslan, 1975
traduit du russe par François Cornillot
Belfond, janvier 2014, 273 p.

Lu par Mr

♥♥♥♥

Rouslan vit et travaille dans un goulag. Il a été formé pour surveiller les prisonniers, aider à retrouver ceux qui tentent de s’évader, et bien sûr obéir à son maître, gardien dans le même camp que Rouslan. Après la mort de Staline, ce camp ferme, ses prisonniers le quittent du jour au lendemain, les barbelés puis les miradors disparaissent aussi.

L'auteur raconte le désarroi du chien Rouslan face à cet événement auquel il n’a pas été préparé. Il n’est pas sûr que Rouslan parvienne à se « reconvertir », ni même qu’il essaie de le faire, lui qui ne désespère pas de pouvoir un jour reprendre du service. Peut-être en aura-t-il l’occasion ?

La vision d’un camp de prisonniers à travers le regard d’un chien permet à Vladimov de procéder à un rapprochement entre cet animal et les humains qui y vivent.
Malgré son zèle et son manque de pitié, ce chien m'a finalement semblé beaucoup plus sympathique que les humains qui l’ont dressé.
C’est en fait un portrait très peu flatteur des hommes qu’esquisse Vladimov par son récit. Il critique aussi sévèrement, mais de manière voilée en le tournant en dérision, le système politique qui a condamné des milliers de Russes aux travaux forcés pendant plusieurs décennies.
De fait, les zeks* n’étaient souvent coupables que d’exister (et d’être une main-d’œuvre bon marché).

Il n’est donc guère surprenant que ce roman, écrit au début des années 1960, n’ait pu être d’abord publié que clandestinement en 1973 en Allemagne. Il n’est pas étonnant non plus que son auteur ait dû émigrer en Allemagne de l’Ouest en 1983.

Malgré quelques longueurs, j’ai beaucoup aimé ce livre. Le lecteur est invité à réfléchir sur le système concentrationnaire, ainsi que sur la nature de l’être humain, capable de l’avoir créé et/ou d’y participer.
Dans l’édition Belfond, une préface de neuf pages situent l’auteur et son roman dans leur contexte historique. 

* abréviation de « zaklioutchonni kanaloarmiets » (« Заключëнный каналoармец » : « soldats détenus de l’armée du canal »), du nom de prisonniers qui ont participé à la construction du canal de la mer Blanche.

Merci à Babelio et aux éditions Belfond qui m’ont donné envie de découvrir d’autres ouvrages de cet auteur. 

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Lecture d'un roman de la rentrée d'hiver 2014.
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