crime_silenceMr continue à se documenter sur le génocide des Arméniens :

Ce tribunal d'opinion a publié le fruit de ses travaux sur le sujet en 1984 aux éditions Flammarion. L'ouvrage se présente comme une succession de témoignages (d'historiens et d'un survivant). La lecture, fastidieuse, des chapitres de présentation des sources documentaires n'est pas indispensable à la compréhension des exposés. Hormis cette partie et le renvoi en fin d'ouvrage de thèses des autorités turques, l'ordre des exposés est logique :

- présentation de la question arménienne de 1878 à 1923 sous ses aspects de politique intérieure et géopolitique,

- genèse de l'idéologie panturquiste qu'ont développée certains représentant du Mouvement Jeune Turc parvenu au pouvoir de 1908 à 1918,

- présentation des évènements de 1915 et 1916 par l'historien Yves TERNON,

- récit d'un survivant,

- résumé de thèses des autorités turques (en 1984 mais elles n'ont à ma connaissance guère changé).

L'exposé d'Yves Ternon contredit la principale de ces dernières thèses selon laquellle le gouvernement de l'époque a dû transférer une population civile rebelle qui entravait son action militaire sur le front caucasien, par les arguments suivants:

- absence d'actes de rébellion généralisée des populations arméniennes d'Anatolie (ces populations revendiquant surtout d'être considérées par le pays et dans son sein avec une considération équivalente - mais perfectible aussi - à la majorité de la population musulmane),

- de mai 1918 à juillet 1918 dans le plupart des bourgades d'Anatolie les hommes valides (principalement) ont été assassinés et les survivants (essentiellement des femmes, des enfants et des personnes âgées) ont été déportés (mais pas seulement : viols, adoptions forcées...),

- il n'existait pas de lieux de transferts organisés pour recevoir les populations déplacées de manière compatible avec leurs survies (Alep, lieu de convergence d'une partie de ces populations n'a été qu'un lieu de transition, entre une mort sur place ou un renvoi vers le désert sans moyens d'y survivre),

- concernant la préméditation qu'il retient, l'historien rapelle : des massacres précédents (300 000 Arméniens en 1894/1896, 30 000 arméniens en 1909 et 50 000 arméniens en 1914), l'idéologie panturquiste de dirigeants de l'époque (en particulier Talaat Pacha, Enver Effendi et Djemal Effendi, respctivement ancien grand vizir, ministre de la guerre et ministre de la marine) et l'importance des enjeux anotoliens et culturels (religieux) dans cette perspective.

L'un des historiens intervenant explique aussi comment selon lui  Mustafa Kemal (Atatürk), non impliqué dans les décisions politiques de 1918 et 1919 à l'égard des populations arméniennes, a poursuivi l'unification de la nation turque aux dépens de celles qui avaient survécu.

Les thèses turques sont exposées sous forme de réponses à neuf questions dans un chapitre issu de travaux de l'Institut de politique étrangère d'Ankara. L'avant-propos de ce chapitre débute par un parallèle entre ce qui est qualifié de "propagande malveillante" et le terrorisme arménien ! Les trois premières questions portent sur l'appartenance historique de l'Anatolie aux populations arméniennes (en remontant aux temps bibliques). Dans la réponse à la quatrième question ("Les turcs ont-ils tenté de massacrer les arméniens à partir de 1890 ?") la thèse d'une population arménienne rebelle manipulée par la Russie est mise en avant. Les événements de 1815 sont ensuite expliqués par le même thèse tandis que les télégrammes de Talaat Pacha ordonnant de procéder à des massacres sont présentés comme des documents falsifiés. Enfin, les Arméniens de Turquie vivent désormais dans le meilleur des mondes possibles selon eux...

Le crime de silence, Le génocide des Arméniens - Tribunal permanent des peuples, Tessa Hofmann, François Rigaux, et Richard Hovannisian, Flammarion, Champs Flammarion Sciences, janvier 1994, 380 p.

Une bibliographie ici.