main_mienneDeux destins de femmes en alternance, dont on ne percevra le lien qu'aux trois quarts du livre, et ceci progressivement sur les cent dernières pages :

- une maman du XXIe siècle, Elina, qui se remet difficilement d'un accouchement traumatisant lors duquel elle a failli perdre la vie. Une menace semble planer au-dessus de cette mère et de son compagnon, lequel va de plus en plus mal à mesure que le bébé grandit. On craint un drame...

- l'histoire plus légère - au premier abord - de Lexie, avant-gardiste et amoureuse, qui a quitté son Devon natal au milieu des années 1950, pour suivre un homme à Londres. Employée à un poste subalterne dans l'édition, elle travaillera sans relâche pour progresser...

Malgré le malaise ressenti en suivant la jeune mère (les détails chirurgicaux et l'extrême fatigue post-partum), j'ai trouvé cette partie superbe. Les descriptions du bébé, de ses mimiques, de sa gestuelle, de la tendresse maternelle sont saisissantes de vérité. Le parcours de Lexie, jalonné de drames, est également prétexte à un beau portrait féminin. J'ai seulement trouvé dommage de n'être captivée qu'en comprenant ce qui unit ces deux femmes - même si la lecture de l'ouvrage a été fort agréable du début à la fin.

Un beau roman sur l'amour conjugal et maternel, mais aussi sur la difficulté d'assumer son rôle de père lorsque le passé familial mal digéré (car mal connu) fait obstacle.

Mon préféré de cette auteur : Quand tu es parti. J'ai beaucoup aimé aussi L'étrange disparition d'Esme Lennox.

Pouce levé  16/20  -  Horloge  20 au 22 août - [LAL 2011 - 1]

Antigone conquise, ici. Valérie mitigée, .

Cette main qui a pris la mienne, Maggie O'Farrell, Belfond, avril 2011, 419 p.

Extraits magnifiques et tellement justes :

      ►  Devrait-elle évoquer les nuits sans sommeil, le nombre de fois qu'elle doit se laver les mains en une journée, la lessive à étendre, à plier, les sacs dans lesquels il faut mettre puis ôter les vêtements de rechange, couches et lingettes, la cicatrice tordue qui court sur son ventre et semble la narguer, la solitude absolue, les heures qu'elle passe agenouillée par terre, un hochet, une clochette ou un cube à la main, si bien qu'elle a parfois envie d'arrêter des femmes plus âgées dans la rue pour leur demander comment elles s'y prenaient, comment elles ont réussi à traverser cette période ? A moins qu'elle ne mentionne cet élan féroce auquel elle ne s'attendait pas, ce sentiment que le terme 'amour', bien trop réducteur, est impuissant à décrire, car, parfois, elle croit qu'elle pourrait s'évanouir tant elle a besoin de cet enfant qui lui manque cruellement quand il n'est pas juste à côté d'elle - cette sorte de folie, de possession qui la pousse souvent à se faufiler dans la pièce où il vient de s'endormir juste pour le regarder, pour s'assurer que tout va bien, pour lui parler tout bas.  (p. 313-314)

      ►  Lorsqu'elle part [travailler] le matin, elle sent qu'un fil la relie à son fils et, en s'éloignant dans la rue, elle a conscience qu'il se déroule peu à peu. A la fin de la journée, la bobine est dévidée et [elle] a une envie folle de retrouver [son bébé], elle voudrait que le métro avance à toute allure dans les tunnels, file sur ses rails pour la ramener au plus vite à la maison. Une fois auprès de son enfant, il lui faut un certain temps pour retrouver la bonne longueur de fil entre eux - moins d'un mètre, voilà ce qui lui semble satisfaisant.  (p. 297)