retour_aux_mots_sauvagesElectricien de formation, cet homme était technicien dans les télécommunications. Mais l'entreprise a évolué, il se retrouve sur la touche à cinquante ans comme tant d'autres de ses collègues, et se voit proposer un poste de téléopérateur. La reconversion n'est pas aisée : après un travail manuel, il s'agit désormais de recevoir une dizaine d'appels par heure, de répondre aux questions des abonnés de la manière la plus neutre et standardisée possible - d'ailleurs, il doit abandonner son prénom pour un pseudonyme, il sera Eric. Tout cela sur une plateforme, entouré de quelques collègues qui enchaînent également les appels. De plus en plus, les syndicats parlent de souffrance au travail, et les suicides de salariés de l'entreprise se multiplient, la presse s'en fait l'écho.

Voici donc l'histoire émouvante d'un homme qui perd ses repères professionnels à plus de dix ans de la retraite. Difficile pour lui d'accepter ce rôle de robot anonyme, même s'il n'a jamais été très sociable. Heureusement l'ambiance entre les collègues est sereine, bienveillante, presque chaleureuse - il faut dire qu'ils subissent le même sort, et que la plupart ont le même profil.

L'auteur est cadre dans les télécomms, il évoque ce dont il a été très probablement témoin, soulevant les délicats problèmes de la souffrance au travail, des licenciements, des reconversions, de la place des séniors dans les entreprises. Son texte est simple et direct, humain et touchant, à l'image de cet employé. On le lit la gorge serrée.

Idée trouvée chez Aifelle, merci !

15/20 -  Horloge  26 & 27 août

Retour aux mots sauvages, Thierry Beinstingel, Le Livre de Poche, 22 août 2012, 240 p.