anguillesRelu par Mr :

   La visite d'une entreprise qui reçoit des anguilles puis les expédie - fraîches ou conditionnées - chez des clients (restaurateurs ...) m'a donné envie de mieux connaître le cycle biologique complexe de cet animal. Il m'y a été expliqué que les anguilles ainsi commercialisées proviennent pour la plupart de pêches réalisées (au filet ou en bosselle) dans des plans d'eau du sud de la France. En effet, dans la zone méditerranéenne ce poisson n'est guère recherché pour sa dégustation, à la différence du nord ouest ou des pays nordiques (et du Japon, plus gros consommateur mondial mais d'anguilles produites plus localement). Il m'y a aussi été dit que ce commerce pourrait être prochainement interdit en France pour sauvegarder l'espèce (la civelle fait l'objet d'un braconnage intense lors de son entrée dans nos estuaires et rivières). Auparavant j'avais déjà rencontré les stades de l'anguille jaune qui vit dans nos plans d'eau douce (que j'aime déguster mais pas pêcher tant elle est difficile à décrocher de l'hameçon, toujours avalé très profondément), ainsi que celui de la civelle (goûtée étant enfant, à une époque où elle abondait encore). Je n'avais en revanche pas eu l'occasion de croiser l'anguille argentée, stade de l'anguille s'apprêtant à quitter les eaux douces pour aller se reproduire à environ 6 000 kilomètres dans la mer des Sargasses. Le cycle de vie et de reproduction de ce poisson est en effet en quelque sorte inverse de celui des saumons qui eux, vivent dans l'océan mais vont se reproduire en eau douce.

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    J'ai trouvé beaucoup de réponses dans cet ouvrage mais de nombreux points restaient encore à élucider lors de sa parution en 2001 : zones précises de reproduction dont la profondeur de frai, durées respectives des trajets des leptocéphales puis civelles et des anguilles reproductrices... L'auteur nous présente ce poisson sous des aspects très variés : de sa place dans la culture et l'imaginaire collectif jusqu'aux recherches d'explications sur l'origine des diverses espèces d'anguilles, en passant par les mécanismes biologiques mis en oeuvre. Il mène aussi une réflexion sur l'évolution des espèces d'une manière générale, dont l'espèce humaine. Cette diversité d'approches et l'ouverture du sujet constituent des intérêts majeurs de ce livre (mais j'avoue avoir passé les quelques pages consacrées aux diverses légendes impliquant l'anguille, trop anecdotiques à mon goût). Alors que certains passages du livre expliquent clairement et de manière très synthétique quelques théories évoquées, d'autres m'ont paru complexes (quelques cartes et schémas auraient été bienvenus). Nous y croisons en outre, de manière inattendue pour moi, Freud dont l'une des premières études concernait les anguilles * !

Un livre instructif que je vous recommande si le sujet vous intéresse.

Les anguilles et les hommes, Yves-Alain Fontaine, Odile Jacob, juin 2001, Coll. Sciences, 221 p.

* Canel : "ça ne m'étonne pas de Sigmund  : du phallique partout !"  De retour dans quelques minutes